La fusion web-papier : une étape difficile

Aurélien Viers, rédacteur en chef numérique du Nouvel Observateur et François Ernenwein de la-croix.com

En France, 2011 sera t-elle l’année des fusion entre le web et le papier ? Il semblerait bien que oui au vu du débat auxquels ont participé ce matin les rédacteurs en chefs numériques de grands journaux (Nouvel Obs, la Croix, Libération mais aussi La Nouvelle République). Aurélien Viers du Nouvel Observateur s’est montré particulièrement enthousiaste sur l’adaptation des rédactions au Web. «Il faut former les journalistes à l’écriture web mais aussi aux façons d’utiliser le web. Leur apprendre cette mise en scène de l’information (l’ajout de vidéo, photographies, de liens…) J’envoie des journalistes sur le terrain avec leurs Iphone, ils montent sur leurs iphone et me l’envoient par wifi : cela ajoute du contenu ». Selon lui, l’introduction des techniques numériques et l’utilisation du support web doivent devenir l’axe prioritaire des rédactions. La fusion web-papier va être progressive ; « c’est un très long chantier,  ça ne se fera pas comme ça. » Un chantier qui dure depuis 1999 pour le Nouvel Obs et son site.
Au sein du quotidien La Croix, la démarche est la même. Aujourd’hui les journalistes de La Croix, commencent par fournir des contenus pour le web avant au papier explique François Emenwein, rédacteur en chef de la-croix.com. « Nous veillons à ce que la qualité entre les deux restent comparables. »  Il reste confiant sur la question : « Je n’ai pas l’impression qu’il y ait des doutes très profonds sur les bénéfices que le journal peut tirer de ces évolutions. »

Le retard des rédactions françaises

Pourtant, si l’on compare avec le reste de l’Europe, notamment l’Angleterre, la France est en retard. Olivier Bourgeois, directeur de WIFRA South West Europe intervient « J’ai l’impression d’être cinq ans en arrière, en Europe, on n’en est plus à ces discussions ! » Au Royaume-Uni par exemple, le Daily Telgraph a fusionné ses rédactions depuis 2006. The Guardian quant à lui a développé le « web first » (le web avant le papier) depuis 2008 ; il est alors devenu une référence en matière d’innovation journalistique. Olivier Bourgeois ajoute un autre exemple européen : « En Espagne les jeunes font papiers, videos et web sans problème, c’est naturel !» Nicolas Demorand, directeur de Libération acquiesce. Il souligne qu’en France, on envoie toujours les jeunes au web, et ceux-ci n’ont qu’un rêve ; publier un jour dans le journal. Être ENFIN dans les colonnes papier. Le prestige du papier est encore palpable. « En France, on dit que le web tue le papier mais on sait très bien que ces deux médias sont complémentaires. »

Des inquiétudes persistantes

Selon l'Institut de sondage CSA , le rapprochement web-papier est le deuxième élément le plus marquant pour les journalistes

« Selon moi souvent il n’y a rien de fusionner,  en réalité on ne peut pas tout faire. Animer un débat et twitter à la fois : je dis non. » s’indigne un journaliste dans la salle. Le journalisme de fond, d’analyse, d’enquête pourrait bien être noyé par le live. « Lorsque l’on va sur le web,  on nous renvoie à un récit morcelé, dont on ne retient rien. Cette espèce d’obsession du direct nous fait perdre le sens du récit. » Beaucoup de journalistes restent inquiets face aux nouvelles pratiques et au rapprochement entre le web et le traditionnel. (Voir infographie).
Dans les rédactions, il est courant d’entendre des phrases comme « Arrêtez de mettre du monde sur le web, c’est le papier qui fait du chiffre ». Parfois, le blocage vient de la hiérarchie, elle même n’est pas toujours partie prenante ou simplement pas au courant de l’actualité des évolutions du multimédia et de ce que cela implique au niveau de l’audience. Eric Chaverou, l’unique journaliste mutlimédia de France Culture s’en désole. « Cela fait quatre ans que je suis seul, on voit la limitation des moyens. Il faut arriver à motiver et faire participer l’ensemble des journalistes au multimédia. » La réticence de  certains journalistes face au Web constitue sans conteste un frein au développement du plurimédia. « On est dans le même bateau, au milieu d’une tempête, Il faut un effort d’adaptation de tous » concluent ces rédacteurs du numérique…de l’avenir ?

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